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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:17

 

 

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                                                     L'ART ENTRE LE MOI ET L'UNIVERS

 

   Il ne suffit pas de faire le tour d'un problème et de voir comment il se présente. L'enquête réclame une conclusion. L'art nous a peut-être laissé déchiffrer ses ressources et ses modalités, le pouvoir de création que l'homme y trouve et le pouvoir que l'homme y trouve d'explorer l'homme. Mais il ne servira qu'à satisfaire les curiosités de la connaissance, tant qu'il n'aura pas été sommé de révéler sa fonction et son but. Lourde question, qu'il est déjà téméraire de poser, et à laquelle il l'est encore plus, d'espérer trouver réponse satisfaisante.

 

   A quoi sert l'art ? ont souvent demandé les esprits positifs. Ceux-ci ne risquent pas de rencontrer la réponse tant qu'ils resteront enfermés dans les limites étroites de leur positivisme, et qu'ils entendront continuer d'ignorer les exigences essentielles de la vie humaine.

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   Nous avons des fonctions organiques: nous avons besoin d'aliments pour nous nourrir, nous avons besoin d'air pour respirer... Mais il est tout aussi évident que nous avons des fonctions spirituelles qui doivent aussi impérieusement être assurées. Il serait donc arbitraire, dans cette complexité de l'homme, qui va du corps à l'âme, de ne vouloir tenir compte que de ses rapports avec le monde physique. En chaque homme et entre tous les hommes est établie une réalité morale qui réclame de vivre et de s'épanouir par ses moyens propres et pour ses fins propres.

 

   Sur ce plan, l'art apparaît absolument essentiel. La preuve en est qu'il n'y a pas eu, depuis les origines, une seule société humaine qui ait pu se passer de l'art et qui ne lui ait trouvé une forme à son échelle. Voilà qui suffit sans doute à écarter toutes les doctrines qui feraient de l'art un enjolivement de la vie, tout autant que celles qui le définissent comme une activité de jeu, l'entachant ainsi d'un soupçon de gratuité.

 

   En vérité, le rôle de l'art est beaucoup plus important. On pourrait dire que de la même manière que l'organisme ne saurait vivre sans échanges avec le monde extérieur (par exemple à travers la respiration), l'art est nécéssaire à la vie mentale, pour laquelle il constitue une sorte de respiration. Son rôle et son utilité ne se découvrent que si l'on se hausse jusqu'au plan philosophique. Et c'est la condition de l'homme, en son principe, qu'il est nécessaire d'envisager si l'on désire mesurer la place que l'art y occupe.

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L'homme est jeté dans l'univers. L'homme est conscience, il ne connait que lui-même, ou ne connait qu'à travers lui-même. L'univers l'entoure, l'enveloppe, l'assaillit, agit sur lui et subit ses réactions, mais il lui reste inconnu, en dehors de ces rapports pratiques, parce qu'il est d'une autre nature que l'homme. D'une part, la connaissance que l'homme a de l'univers ne se réalise pas vraiment que par la conscience, phénomne d'ordre totalement immatériel, et cette conscience est vécue par lui comme une modulation de la durée. Au contraire, l'univers, tel que nous l'atteignons déjà en notre corps, qui nous sert d'intermédiaire, et par nos sens qui complètent cette relation, se présente en termes d'espace, d'un espace occupé par la matière, animée elle-même par la vie.

 

D'autre part la conscience tend à se confondre avec le moi, qui est l'unité même, puisqu'il vacille dés que cette unité est ébranlée. L'univers, au contraire, est l'image de la multiplicité infinie. Deux réalités qui n'ont donc que des rapports de contingence, se dinstinguent, s'affrontent, se heurtent. Tout au plus, le moi présume-t-il, sous leurs apparences corporelles, l'existence d'autres "moi", analogues à lui et jetés dans une situation analogue. On pourrait dire que tout se ramène àn trois éléments: le moi, les semblables, qui en même temps sont déjà "les autres", puis, en face, énorme, écrasant, l'autre, c'est-à-dire l'univers.

 

   Notre moi, par l'action de son corps, peut atteinde cet univers physique et y entraîner des modifications. Il peut même développer une faculté de sa conscience, l'intelligence, qui lui permet d'élaborer une représentation de l'univers selon des lois qui reflètent son fonctionnemment et qui, en même temps, ramènent à cette unité, base de la conscience et du moi. Le gouffre qui sépare les deux réalités, la réalité intérieure, unitaire et d'ordre spirituel, et la réalité extérieure, multiple et d'ordre physique, ne peut être comblé. Tout au plus peut-on jeter sur lui les passerelles de la connaissance (poussée jusqu'à la science) et de l'action. L'art en est une.

                                                                                                                                                                  Francis MBELLA

 

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